Est-il vrai que l’on ne doit pas prendre de bain pendant ses règles ? Et pourquoi Tatie Jeannine me dit que je ne dois pas me laver les cheveux pendant mes menstruations ? (surtout qu’elles ont tendance à durer huit jours, alors Tatie t’es gentille mais on dirait que je suis tombée dans le pot de pento…). Mais surtout, quels sont les petits mythes sur les règles et autres grands mythos qu’on raconte à propos du cycle menstruel ? Aujourd’hui, on débunk dix mensonges sur le sujet, et crois-moi, la liste aurait pu être bien plus longue !

Parce que les menstruations – et le cycle menstruel en général en fait – sont taboues, voire parfois carrément impures, on ne parle pas des règles (ne parlons pas de Bruno-no-no-no-nooon).
Enfin… des fois on en parle, mais c’est trop souvent pour alimenter des mythes sur les règles. Ainsi que d’autres fabulations extraordinaires qui, finalement, desservent la santé (mentale et physique) féminine.
Sommaire
- Mythe n°1 : les règles des femmes qui vivent ensemble se synchronisent
- Mythe sur les règles n°2 : il ne faut pas se laver les cheveux
- Mythe n°3 : une histoire de sushis, de mayonnaise et du sang menstruel
- Mythe n°4 : l’ovulation est au 14ème jour du cycle menstruel
- Mythe n°5 : le cycle féminin se cale sur le cycle lunaire
- Mythe n°6 : aucun rapport entre les saisons et le cycle menstruel
- Mythe n°7 : il ne faut pas avoir de rapport pendant les règles
- Mythe n°8 : les règles purifient le corps des femmes
- Mythe n°9 : on peut tomber enceinte pendant ses règles
- Mythe n°10 : avoir un cycle irrégulier veut dire qu’on est moins fertile
- Les mythes sur les règles ont-ils encore de beaux jours devant eux ?
Mythe n°1 : les règles des femmes qui vivent ensemble se synchronisent
Tu as déjà remarqué que tu as tes règles en même temps que ta sœur, ta coloc, ta collègue… ? Oui ?
Et bien c’est presque totalement un hasard. Il y a bien une étude qui avance que les femmes vivant sous le même toit finissent par avoir leurs règles en même temps. Elle s’appelle la théorie du dortoir, mais elle a été largement réfutée.
La vraie explication : je dis presque un hasard, car en vérité l’explication tient en deux points :
- Les statistiques : le cycle menstruel dure en moyenne 29 jours et les règles environ 4 jours. Les chances statistiques pour que plusieurs femmes proches aient au moins un jour de règles en commun sont très élevées.
- Les biais cognitifs : notre cerveau adoooooore rationnaliser ce qu’il perçoit. Il connecte des informations qui n’ont, à la base, aucun rapport entre elles. Ainsi fonctionnent le biais de confirmation ou encore l’illusion de système.
En gros : il y a de fortes chances pour que j’ai au moins un jour de règles en commun avec une amie et mon cerveau créé un lien entre ces deux événements pour confirmer la théorie de la synchronisation entre les cycles. C’est ni plus, ni moins, une illusion.

Mythe sur les règles n°2 : il ne faut pas se laver les cheveux
C’est quelque chose que j’ai beaucoup entendu de la bouche de cinquantenaire, et dès les premières années de ma vie menstruelle. Il n’y a pas la once de véritude dans cette légende : non, se laver les cheveux ou prendre un bain ne pas va “couper les règles” ou changer leur consistance. C’est de la muqueuse qui s’est constituée il y a bien trois semaines. Tu sais, c’est pas une douche qui va y changer quelque chose !
La vraie explication : l’eau très chaude peut dilater les vaisseaux sanguins et entraîner à posteriori des saignements un peu plus abondant. Mais, a priori, pas de quoi créer une hémorragie.
Deuxième explication : pendant la phase menstruelle, les cheveux peuvent être un peu plus ternes ou un peu plus gras. Cela est lié à la chute des hormones, c’est transitoire. Sauf qu’on nous bassine avec un espèce de “sois belle et tais toi” ambiant, tous les jours…
| Lire aussi : Chute des cheveux de la femme : comment y remédier ?
Mythe n°3 : une histoire de sushis, de mayonnaise et du sang menstruel
C’est terrible comme la cuisine semble être le lieu sacré dans lequel les Femmes des 4 coins du monde ne peuvent pas pénétrer pendant leurs lunes :
- En France, voilà que nous avons l’audace d’empêcher de faire monter la mayonnaise. (Qu’ils le disent si ils n’ont pas le coup de main… Voilà un tuto : 5 trucs à savoir pour ne pas rater la mayonnaise).
- Au Japon, v’la pas que les règles dérèglent les PAPILLES GUSTATIVES. Ce qui rendraient les femmes menstruées inaptes à faire des bons sushis selon Jiro Ono, un des plus grand maitre en la matière. Du coup, on se casse pas la tête : pas de femme maître sushi, ça va plus vite.
- Ailleurs dans le monde, dans de nombreux pays, si t’as tes règles tu ne dois pas toucher la nourriture. Ni les hommes. Ni les enfants. Ni l’eau courante. Rien, en fait.

La vraie explication : y’en a pas. (Ou alors, je n’en ai pas trouvé pour un de ces mythes sur les règles !). Aussi loin qu’on puisse remonter, on a toujours accusé les femmes de faire pourrir la nourriture ou d’empêcher les bonnes récoltes. Pour éviter ça, les femmes sont socialement exclues une semaine par mois, loin de tout. Et risquent la mort, faute de repas, de quoi se tenir chaud ou encore piquées par un animal venimeux.
Mythe n°4 : l’ovulation est au 14ème jour du cycle menstruel
Sans conteste ma légende menstruelle préférée ! Étonnant qu’elle n’arrive pas en première place, tiens. En plus, celui-ci est abusé car il figure encore dans les manuels de gynécologie et les cours de sage-femme. L’ovulation se produirait nécessairement au 14ème jour après le début des règles. Ce qui sous-entend qu’en cas de cycle irrégulier ou de retard de règles, c’est la période (appelée phase lutéale) entre l’ovulation et ces dernières qui varie. Sauf que euh… ça fait bien 70 ans qu’on sait que c’est l’inverse.
La vraie explication : La phase folliculaire (la première “moitié”) du cycle menstruel peut avoir une longueur très variable : au moins 5 jours, mais jusqu’à 20 jours sans que ce soit pathologique. De fait, mon ovulation s’est presque toujours produite vers le 17ème jour de mon cycle sans que ce soit anormal. Enfin, en cas de SOPK (syndrome des ovaires polykystiques), certaines femmes vont avoir une ovulation genre au 200ème jour de leur cycle. Alors oui je joue sur les mots, mais c’est important pour briser les tabous qui entourent le cycle, la fertilité ou encore la contraception.
| Lire aussi : Le mythe de l’hyperfertilité


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Mythe n°5 : le cycle féminin se cale sur le cycle lunaire
Cela ne te rappelle-t-il pas un des autres mythes sur les règles ?! On peut remarquer, si on tient un calendrier menstruel par ex, que nos règles arrivent toujours vers la nouvelle lune, ou vers la pleine lune par exemple…
Dans le courant plutôt New Age, cela donne même lieu à une interprétation symbolique (Cycle de la Sorcière, Cycle de la Bonne Mère…). Ce qui peut représenter une injonction supplémentaire pour les femmes, ou en tout cas une pression vis à vis d’elle-même.
La vraie explication : comme pour la théorie du dortoir, il y a fort à parier que tout cela soit le fruit de notre imagination et de statistiques hasardeuses. Néanmoins, il est vrai que la lune influence la fertilité de certaines espèces (mais principalement les poissons, alors ne tirons pas trop de conclusions hâtives).

Mythe n°6 : aucun rapport entre les saisons et le cycle menstruel
Bien oui, si le cycle ne se synchronise ni avec celui des copines, ni avec la lunes, pourquoi se synchroniserait-il sur les saisons ? Et pourtant !
La vraie explication : Notre métabolisme à besoin de s’adapter à la chaleur ambiante ou encore à la quantité de provisions disponibles. C’est, en quelques sortes, les vestiges de l’hibernation. Notre thyroïde ressent le passage des saisons et modifie légèrement notre rythme intérieur, ce qui se répercute sur le cycle. D’ailleurs, en été le cycle se raccourcit légèrement et l’activité ovarienne augmente, cela a été démontré par une étude.
Mythe n°7 : il ne faut pas avoir de rapport pendant les règles

En réalité, c’est moins un mythe sur les règles qu’une conviction personnelle. Plus généralement, on peut ne pas être à l’aise pendant les rapports à cause du sang qui coule.
La vraie explication : rien ne contre-indique les câlins pendant les règles, si ce n’est le dégoût du sang menstruel. Qui lui est bien établis dans notre culture, par contre.
Mythe n°8 : les règles purifient le corps des femmes
Même que c’est pour ça qu’on vivrait plus longtemps que nos congénères masculins. Cette idée est très répandue dans le milieu de la naturopathie. On y dit que l’utérus est un “émonctoire secondaire”, c’est-à-dire une porte de sortie de secours pour évacuer les toxines et les déchets du corps.
La vraie explication : le sang menstruel est riche en tissu, globules rouges, nutriments et même cellules souches. A la base, tout cela est destiné à constituer la “matière première” de l’embryon en cas de fécondation. Comme pour les hommes, d’autres organes sont chargés de dépolluer l’organisme en continu : foie, reins, intestins, poumons et peau.
Mythe n°9 : on peut tomber enceinte pendant ses règles
Techniquement, ce sont les 5 jours précédent l’ovulation qui sont fertiles. Alors quid des femmes qui ont conçu un enfant alors qu’elles étaient en phase menstruelle ? Légende ou pas légende ?
La vraie explication : les femmes ayant un cycle court avec des menstruations assez longues peuvent avoir eu un rapport fécondant pendant leurs règles, mais l’ovulation se déroule plusieurs jours après.
Autre explication : certains déséquilibres hormonaux sans gravités, invisibles “à l’œil nu” peuvent entrainer des saignements. Ca a la couleur des règles, la quantité des règles, la douleur des règles mais… ce n’est pas des règles. Ces saignements inter menstruels peuvent se chevaucher avec la phase ovulatoire.

Mythe n°10 : avoir un cycle irrégulier veut dire qu’on est moins fertile
Parmi les mythes sur les règles, c’est sans doute celui qui me fait le plus mal au cœur. Déjà, rappelons ce qu’est un cycle vraiment irrégulier. On compte les jours du premier jour dès règles jusqu’à la veille des règles suivantes.
- Si le cycle reste dans une fourchette de 25 à 35 jours, il est considéré comme normal.
- Si le cycle reste dans la longueur moyenne des 6 précédent, il est considéré comme normal.
Par exemple, si j’ai un cycle de 28 jours, puis 27, puis 31, ce n’est pas forcément un cycle irrégulier.
Dans la majeure partie des cas, l’ovulation se déroule quand même bien : le simple fait d’avoir ses règles sous-entend que ce processus s’est déroulé.
Mais quid des femmes qui ont des règles tous les 3 mois ?
Il faut en chercher la cause :
- Est-ce de l’aménorrhée ?
- Est-ce un SOPK ?
Et quand bien même on a un SOPK ou de l’endométriose, il ne faut pas que le médecin catalogue “infertile” d’emblée. Tous les SOPK ne sont pas les mêmes : certaines ovulent deux fois par an, et d’autres tous les quarante jours. Mais quand le gynéco dit à une jeune femme de 17 ans qu’elle ne sera pas fertile, il laisse celle-ci prendre des risques en terme de contraception. Ben oui, que faire avec une pilule si on risque rien de toutes façons ?
Entre outre, la plupart des cycles irréguliers et des SOPK sont liés à des déséquilibres métaboliques sur lesquels la naturopathie peut agir. Par exemple, voici l’histoire d’Elizabeth qui est passée par mon cabinet (et représentative de tellement d’autres clientes) :



Les mythes sur les règles ont-ils encore de beaux jours devant eux ?
Rien n’est moins sûr ! Chaque jour, je rencontre des jeunes femmes qui sont de mieux en mieux informée à propos de leurs règles et de leur fertilité. Il est plus que probable que cela ne concerne que le milieu socio-économique dans lequel je baigne. Mais je garde tout de même de l’espoir ! En mettant un terme aux mythes sur les règles et autres mensonges racontés aux femmes, on les libère un peu plus. On normalise le sujet !
Pour aller plus loin :

Marjorie MALGRAS, illustré par Juliette BERTAUDIERE






